Notions et concepts

Qu’est-ce que la radicalisation ?

Publié le

Le «Plan de lutte à la radicalisation» du gouvernement du Québec définit ainsi la radicalisation (p. 9):

Le mot radicalisation peut renvoyer à un ensemble de gestes qualifiés d’« extrêmes » ou qui découlent d’une interprétation plus littérale des principes d’un système, qu’il soit politique, religieux, culturel ou économique.

Le lecteur aura noté que cette définition est prise de Wikipédia, sans référence:

Le mot radicalisation peut renvoyer à un ensemble de gestes qualifiés d’« extrêmes » ou qui découlent d’une interprétation plus littérale des principes d’un système, qu’il soit politique, religieux ou économique. Selon The International Centre For The Study Of Radicalisation And Political Violence (ICSR), la radicalisation mène à « différents types d’activisme extrême, incluant le terrorisme ».

Le problème est que cette définition introduit davantage de confusion que de clarté. En plus d’utiliser le mot «peut», qui au départ annule une partie de sa portée, elle ne fait que ré-étiquetter des gestes déjà désignés comme «extrêmes», deux mots à peu près synonymes.

Il faut dire que l’usage du mot «radicalisation» est relativement nouveau dans les études sur le terrorisme et la violence politique. Le mot a remplacé les controversées «causes profondes» du terrorisme lorsque ces dernières devinrent politiquement intenable. Par exemple pour l’ancien premier ministre Harper le candidat Trudeau errait lamentablement en osant soulever la possibilité que le terrorisme ait des causes. Dans ce discours politique la suggestion que le terrorisme (ou le crime d’ailleurs) ait des causes revient à dédouaner les terroristes et les criminels de leurs actes ou, pire encore, à en faire porter la responsabilité à leurs victimes. C’est que comme ces causes sont généralement identifiées dans l’environnement social, politique, démographique et économique du terroriste, et que lui s’attaque justement à cet environnement, expliquer le terrorisme reviendrait à l’excuser (cela dit en 2011 le gouvernement Harper lançait le projet «Kanishka» pour étudier les causes du terrorisme, avec un fonds de 10 millions — dont l’auteur des présentes lignes a d’ailleurs largement bénéficié). Confondre expliquer/comprendre et excuser est une stratégie politique extrêmement commune.

Le concept de radicalisation, par contre, semble immunisé contre ce genre d’attaque. Utilisé par les gouvernements, les policiers, les agences de renseignement, les forces armées, etc., il a bonne réputation. Lire la suite »

Le mythe de l’islamisation en Occident

Vidéo Publié le Mis à jour le

Entrevue avec Sami Aoun, Second regard, Radio-Canada, 1er mars 2015.